Eolien en forêt

Un récent mémoire de Paul Averbeck de l’Institut de Gestion de l'Environnement et d'Aménagement du Territoire de l’ULB fait le point sur le potentiel et les impacts environnementaux de l’implantation des éoliennes en forêt. L’occasion de jeter un coup de projecteur sur cette thématique et ses enjeux.

Actuellement en Wallonie, le cadre de référence de 2013 n’autorise l’installation d’éoliennes en zone forestière que lorsque les éoliennes sont établies en continuité d’un parc existant ou d’un projet de parc situé en dehors de la zone forestière.

Dans un document de concertation entre le DEMNA (Département de l’Etude du Milieu Naturel et Agricole), le DNF (Département de la Nature et des Forêts) et le secteur, il est reconnu que « dans l’état actuel des connaissances, il n’apparaît pas justifié scientifiquement d’un point de vue biologique de limiter l’implantation en forêts aux éoliennes qui seraient en continuité avec une implantation hors de la forêt ». Un assouplissement de cette contrainte qui semble essentiellement répondre à un positionnement de principe serait donc scientifiquement requis. Le développement de projets entièrement localisés en forêt fait déjà partie de la pratique de pays limitrophes comme la France ou l’Allemagne. L’implantation d’éoliennes en zone forestière est actuellement autorisée dans plusieurs états fédérés allemands, parallèlement à une loi fédérale de conservation des forêts.

L’opinion des environnementalistes wallons évolue donc : le CWEDD relève par exemple (dans son avis 12/AV/222) que l’option d’exclure l’implantation de parcs autonomes en zone forestière pourrait grever le potentiel productible. Cette exclusion ne repose selon le Conseil pas sur des éléments objectivés. C’est pourquoi il propose qu’une expérimentation sur quelques territoires forestiers à identifier soit menée.

 

Impacts environnementaux

Certaines forêts possèdent une valeur écologique hors norme et sont parfois considérées comme dernier refuge de la vie sauvage, véritable lieu d’accueil de la biodiversité où chaque espèce a sa valeur propre. C’est particulièrement sur les chauves-souris et les oiseaux (pour des espèces emblématiques comme par exemple le milan royal, la cigogne noire ou encore des rapaces) que se concentrent les craintes d’impacts majeurs.

Le choix de l’implantation reste le point déterminant pour diminuer les impacts. Les études convergent actuellement vers la conclusion que l’implantation d’éoliennes doit éviter les forêts de feuillus et les forêts mélangées ainsi que les plantations matures de conifères (comportant des arbres âgés de 100 ans ou plus) et, ce, quelles que soient les mesures d’atténuation ou de compensation envisagées.

Les plantations forestières résineuses monospécifiques semblent par contre présenter des enjeux de biodiversité faibles, étant donné qu’ils constituent des habitats moins ou non favorables aux chauves-souris.

Dans tous les cas, les études d’incidences environnementales doivent venir objectiver les éventuels enjeux environnementaux que présenteraient des emplacements spécifiques d’éoliennes dans ces zones. Le déboisement doit également être limité au maximum. Des mesures d’atténuation et de compensation spécifiques (par exemple du bridage dans certaines conditions météorologiques particulières) peuvent également être envisagées si l’étude d’incidences les identifie comme pertinentes.

 

Potentiel de développement et avantages

Alors que les zones forestières au plan de secteur concernent 29 % (493 000 ha) du sol wallon, on estime que près de 41 000 ha sont uniquement exclus en raison de leur caractère forestier au plan de secteur[1].

La question de la valeur biologique de ces zones se pose évidemment : les forêts de résineux pourraient représenter une belle opportunité car elles ont une faible valeur biologique, à l’inverse des forêts de feuillus particulièrement précieuses.

La qualité du gisement venteux intervient également : afin de ne pas être confrontées à des turbulences, les éoliennes doivent être plus hautes et avoir de grandes pales. La fatigue physique des machines pourrait également être plus importante.

A cet obstacle se rajoutent des contraintes techniques : accès au site, terrain en pente, distance au réseau électrique, distance aux installations existantes, etc. Toutes ces adaptations représentent un coût important de mise en place. Les terrains boisés apparaissent alors parfois comme des terrains de deuxième choix, car leur couverture végétale est perçue comme un frein. 

Enfin, il faut garder à l’esprit que les forêts ne sont pas réparties équitablement en Wallonie et que les Ardennes en concentrent la majeure partie (63% des forêts wallonnes). Les critères d’inter distance et de covisibilité du Cadre de référence doivent ici aussi être respectés...

Il est donc difficile d’évaluer de façon fine le potentiel de production qui pourrait provenir de nos forêts wallonnes.

Ce qui est certain c’est qu’actuellement, seule une infime partie de ces grandes surfaces sont réglementairement accessibles pour le développement éolien. A titre d’exemple, dans le cadre du travail sur la cartographie positive des zones pouvant accueillir de l’éolien (réalisé en 2013), une évaluation des possibilités d’extension en zone forestière des sites éoliens existants ou potentiels a été menée. Cette évaluation s’est focalisée sur les surfaces forestières non soumises au régime forestier (forêts privées) couvertes de résineux, qui présentent un potentiel vent suffisant (≥ 4,3 GWh/an) et qui ne sont concernées par aucune autre contrainte d'exclusion. En première approximation, on peut estimer que ces extensions seraient susceptibles d'accueillir un productible de l’ordre de 170 GWh/an[2].

 

Implanter de l’éolien en forêt pourrait présenter des avantages pour la collectivité locale: plus éloignés des zones d’habitat, les parcs éoliens engendrent un plus faible impact paysager, la forêt absorbe une partie du bruit,... Implanter de l’éolien en forêt constituerait donc un plus pour l’acceptation sociale des projets. Une piste intéressante dans le contexte de contestation riveraine actuel.

A ce jour, deux projets situés totalement en zone forestière sont en cours de développement (en étude d’incidences), depuis 3 à 5 ans. Leur issue dépendra du sens du vent réglementaire par rapport à l’implantation en forêt...